Printemps 2008
Catalogue 37
Sommaire
Livres
anciens & modernes en vente chez
François
Côté, libraire
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Livres du Nouveau-Monde & du Vieux Continent
- Documents transatlantiques -
Duchamp in USA
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First Papers of Surrealism, New York, 1942
Un détournement signé Marcel Duchamp
J’aime bien les catalogues d’exposition. Ce sont, en
quelque sorte, des expositions permanentes. Album-souvenir d’une expo, mais
préparée bien avant celle-ci et finalement assez indépendante de la dite expo
qui peut finalement ne jamais avoir été ou même ne pas être du tout représentée :
l’Album-souvenir d’une autre idée. Tant de choses peuvent changer entre l’idée,
le projet et sa réalisation.
Généralement, le catalogue est produit par une
galerie, un musée ou par un organisme parrainant l’expo. Il est réalisé par une
ou des personnes qui sollicitent des collaborateurs aux textes et aux images.
Il devrait comprendre, illustrées ou non, la liste des œuvres exposées, le nom
des artistes avec une courte bio et quelques listes de références diverses.
Dans certain cas, on publie un ouvrage ou une plaquette à l’occasion d’une expo
qui n’est pas exclusivement un catalogue ou qui ne l’est pas du tout. Dans
quelques cas, on publie autre chose et c’est ici que commence mon propos :
En 1942, à New York, s’est tenu la première exposition
du mouvement surréaliste en Amérique : First Papers of Surrealism,
organisé par Breton et Duchamp. C’est aussi l’année où Duchamp s’installe
presque définitivement aux Etats-Unis après avoir complété son musée portatif,
la Boîte en valise, qu’il fait émigré avec lui.
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Tiré de View, Spécial Duchamp
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On connaît l’exposition First Papers par une
photo prise après l’accrochage : vue générale de la salle avec de la
ficelle tendue un peu partout comme des toiles d’araignées pouvant laisser
croire que cette expo était là depuis des lustres à attendre ses visiteurs
lesquels ont du faire bien des contorsions pour s’y introduire et bien d’autres
encore pour voir les tableaux.
Cette ficelle tendue est maintenant considérée
comme une installation de Duchamp et non un « sabotage ». Je me
demande encore comment s’y prenait Duchamp pour convaincre ses amis peintres de
le laisser faire l’aménagement d’une expo : labyrinthe de ficelles comme
ici en 1942 ou éclairage au brasero à Paris en 1938. On y voyait strictement
rien.
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Par contre, le catalogue de 1942 est devenu une pièce
d’exposition parce que la couverture est de Marcel Duchamp (Cover M.D.). Le
titre est en 4e de couverture, en vert sur un carton jaune avec un
gros plan d’un fromage plein de trous (gruyère coupé ou tranché). La couverture
avant est muette, mais perforée de 5 trous avec un gros plan d’un ouvrage de
maçonnerie ancienne (mortier et pierres). Opposition nature/culture ? Le
fromage fait ses trous naturellement tandis que les 5 trous correspondent aux
impacts de balles tirées par Duchamp. Opposition culture-lente /culture vite ? les
bactéries vont lentement tandis que les cow-boys vont vite. Opposition
Europe/Amérique? Mais c’est plutôt en Europe que les balles pleuvent en 1942.
On peut chercher les oppositions, mais je crois que tout est réconciliable avec
Duchamp. Les 5 balles ont été tirées sur un mur de la grange de Kurt Seligman
au lieu dit « Sugar Loaf » (pain de sucre). Nous sommes plus près
d’un casse-croûte maintenant. Le titre, First Papers, fait appel au
document par lequel un étranger (fromage) signifie son intention de se faire
citoyen des USA (pain de sucre).
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Il est intéressant de rappeler que pendant la
guerre Duchamp a pu circuler de la France occupé à la zone libre, en tant que
représentant d’un marchand de fromages. C’est donc sous cette couverture qu’il
a transporté à Marseille les différents éléments de la Boîte-en-Valise*.
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Ensuite, le premier et le dernier feuillet sont bleus
(ou vert turquoise) comme l’océan traversé par les œuvres de nos artistes. Le
dernier est muet et le premier que l’on entrevoit par les 5 perforations, porte
au verso cet exergue de Breton : « La cause surréaliste, dans l’art
comme dans la vie, est la cause de la liberté […] », suivi d’une note sur
le « Vernissage consacré aux enfants jouant, à l’odeur de cèdre » et
d’un paragraphe sur les objets d’art primitif appréciés des surréalistes,
« Primitive Art », avec une courte liste des prêteurs, plus le
crédit de la couverture : Cover M.D.
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La page de titre est importante, le mot-clé y est
caché : First Papers of Surrealism / hanging by André Breton / his twine Marcel
Duchamp / 14 october – 7 november 1942 / 451 Madison Avenue, N.Y.C. /
Coordinating Council of French Relief Societies, Inc. J’ai d’abord lu « his twin » (son jumeau),
jumeau de Breton (?) et cela me semblait juste avec tous ces « portraits
de compensation » des artistes et cette explication, page [32] : « Finally, not being
able to offer the entirely adequate photographic image of each of the principal
exhibitors, we have thought it best here to resort to the general scheme
“compensation portraits.” (Suggested by Duchamp and Breton) »
C’est dans ce catalogue que figure le fameux portrait d’une femme émaciée que
Duchamp s’est approprié.
J’ai ouvert le dictionnaire et
si « hanging » veut bien dire accrocher, suspendre ou pendre (des tableaux),
« twine » veut bien dire ficelle ou entrelacement. La ficelle était
bien présente dans l’exposition, tout au moins sur la photo, mais non au
catalogue.
Ce que nous avons ici c’est un catalogue de jumeaux incluant des
artistes dont aucune œuvre n’est présenté : Picasso, Magitte, David Hare,
Giacometti et Breton (« Circumstances make it impossible for us to
represent properly […] a number of artists… », p. [32]); et les principaux
exposants : Leonora Carrington, Victor Brauner, Morris Hirshfield, Miro,
Kurt Séligman, Chirico, Duchamp, Matta, Ernst, Tanguy, Masson, Kay Sage, Calder
et Wifredo Lam. Oelze, Motherwell et Onslow-Ford ont une œuvre au catalogue,
mais sans portrait de compensation. Le fromage et le mortier sont aussi devenus
jumeaux grâce aux trous de balles de Marcel et le « his twine » de
Duchamp est bien plus qu’une ficelle, mais un bel exemple de détournement qui
permet d’ajouter une autre œuvre au catalogue raisonné de Marcel Duchamp. En
plus de la couverture, il faut maintenant compter « his twine » dans
la liste des œuvres duchampienne.
La transcription phonétique de
« twine » est (twain) et j’ai naturellement pensé à Mark Twain,
célèbre romancier et humoriste américain, auteur des Aventures de Tom Sawyer,
qui n’a rien à voir avec le mouvement surréaliste, mais qui pourrait peut-être
parrainé celui qui demande ses « First Papers ». Samuel Langhorne
Clemens, dit Mark Twain (1835-1910), fut typographe, chercheur d’or,
journaliste et pilote sur le Mississipi d’où il devait tirer son pseudonyme.
Dans les eaux boueuses du Mississipi, il faut deux brasses de fond pour passer.
Un homme est en poste à l’avant du bateau pour jauger le passage et annoncer
régulièrement « Mark two » qui, avec l’accent du Sud, s’entend
« Mark Twain ». Cet homme jauge le fond avec une
« ficelle » lestée. Cette digression clôt mon propos, mais je ne peux
résister à rapporter que « twine » est aussi un verbe qui peut se
traduire par retordre, s’entrelacer, tourner autour… (« twist », Oliver,
Dickens, etc.)
Ce catalogue comprend aussi 24
feuillets de papier couché blanc avec un texte de présentation de Sidney Janis,
un autre de R.-A. Parker (Explorers of the Pluriverse) et le
« collage » de Breton, textes et images, jamais réédité : De
la survivance de certains mythes et de quelques autres mythes en croissance ou
en formation / On the survival of… / Mise en scène d’André Breton. Les
objets surréalistes et d’art primitif, annoncés au premier feuillet, ne sont
finalement pas au catalogue (cf. : page [32]).
750,00 $
*
Ingénieur du temps perdu, p. 196.
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DUCHAMP
– VIEW]
View, the Modern
Magazine : Marcel Duchamp Number, Series V, No. 1. New York, 1945,
in-folio illustré, 30.5 cm, 54p. Couverture illustrée couleurs (Marcel
Duchamp).
::
No spécial de cet importante revue affiliée aux surréalistes en exil, entièrement
consacré à Marcel Duchamp qui a réalisé la couverture et un collage-découpage
que l’on retrouve en « center-fold » : un tryptique de 6 pages
donnant diverses vues de l’atelier de Duchamp encombré de ready-made et une vue
de la salle d’exposition de First Papers of Surrealism, 1942.
::
Comprend des textes originaux et en traduction de : André Breton (Lighthouse of the Bride); Gabrielle Buffet
(Magic Circles); Robert Desnos (Rrose Selavy, 1922-1923), l’éditeur Charles
Henri Ford (Flag of Ecstasy); ainsi que de James Thrall Soby, Harriet and
Sidney Janis, Man Ray, Robert Parker, Julien Levy et un article sur la
couverture de Duchamp par Peter Lindamood : « I Cover the
Cover ».
:: Reproductions d’œuvres de illustrations de Marcel Duchamp, Man
Ray, Florine Stettheimer, Joseph Cornell, Max Ernst, Maya, Yves Tanguy et
Matta.
:: Agrafé. Excellent état. 750,00 $
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- Fin -
Sommaire du Catalogue 37 et du Supplément
Conditions de ventes
Les livres et documents
offerts dans ce catalogue sont en bon état, sauf indications contraires. Les
documents insatisfaisants peuvent être retournés, après entente, dans la
semaine de leur réception.
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Mastercard, Paypal, traite en dollars canadiens, chèque ou comptant. Les frais de port, d’emballage et d’assurance
sont en sus. La TPS (maintenant 5%), lorsqu’elle s’applique, sera ajoutée au total.
Frais de port minima, jusqu’à 500 gr :
Canada, 8$ ; USA, 9$; international, 16$.
Plus de 500 gr et jusqu’à 1
kg : Canada, 9$; USA, 15$; international 30$ (augmentation des Postes,
janvier 2008)
Abréviations usuelles :
Br., pour Broché, Couv. pour Couverture et É.O. pour Édition originale

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